Le forum Le français, une langue pour tout et pour tous?
L'ÉDITORIAL DU PRÉSIDENT

Le forum Le français, une langue pour tout et pour tous? a eu lieu à Montréal les 3 et 4 avril 2009 et a été organisé conjointement par l’Institut du Nouveau Monde et le Conseil supérieur de la langue française.
L’intitulé du forum a pu entraîner quelques confusions. Il ne s’agissait pas d’un constat, mais bien d’une interrogation qui aurait pu se formuler ainsi : Le français est-il devenu la langue publique commune des Québécois? Poser la question, c’est y répondre! Le forum voulait essentiellement fournir une occasion, dans un cadre de discussion original, d’explorer des voies nouvelles pour développer la cohésion sociale par le partage d’une langue commune, le français.
Divers sujets ont été abordés au cours du forum. J’en ai relevé plusieurs dans le discours synthèse prononcé en clôture de l’évènement. En voici quelques extraits.
Objectif de la rencontre
« Nous vous avons réunis ici pour vérifier certaines des perceptions que nous avions et pour valider des hypothèses de recherche, car l’un des buts que nous poursuivions était d’étoffer une proposition d’un projet de recherche que le Conseil supérieur de la langue française juge important et qui se situe dans la suite du Rapport sur l’évolution de la situation linguistique au Québec présenté par l’Office québécois de la langue française en 2008. L’une des questions qui nous préoccupent peut se formuler ainsi : comment peut-on en arriver à ce que la société québécoise, qui vit de profonds changements, demeure une société de langue française, tout en restant ouverte sur le monde et sur la diversité linguistique et culturelle? Et c’est là le défi! Les législations linguistiques sont nécessaires, on en convient. Mais il faut aller plus loin et se demander de quelle façon nous pouvons attirer au Québec, et retenir ici, des personnes qui, en nombre croissant, possèdent les compétences professionnelles et linguistiques leur permettant de s’établir ailleurs en Amérique et dans le monde. »
Le contrat moral
« Je reviens sur l’expression contrat moral. La définition que j’en donne est inspirée du mémoire présenté par le Conseil à la commission Bouchard-Taylor en décembre 2007. Tout immigrant qui s’établit au Québec conclut un contrat moral avec la société d’accueil dans lequel il s’engage à s’intégrer en respectant les valeurs fondamentales de la culture publique commune. Parmi les obligations qui lui incombent, la connaissance du français est incontournable. Pour y parvenir, il a accès à une initiation aux valeurs de la société québécoise et à une formation linguistique qui facilite son installation, qui permet de répondre aux besoins de la vie quotidienne, de communiquer avec les pouvoirs publics, etc. En contrepartie de ces efforts demandés aux nouveaux arrivants, l’État et la société québécoise doivent donner accès à des emplois qui fassent appel aux compétences linguistiques et professionnelles acquises, et présenter un milieu de vie français. Les propos entendus au cours du forum font voir que les problèmes ne sont pas tous réglés. Plusieurs nouveaux arrivants qui parlent français, et qui possèdent les qualités professionnelles voulues, ne peuvent se trouver un travail. Diverses études, dont celles de l’Institut de recherche en politiques publiques, l’ont démontré, et certains programmes du ministère de l’Immigration et des Communautés culturelles visent à corriger la situation. Mais il faut faire davantage pour que la situation s’améliore.
L’intégration aux réseaux sociaux, au réseau socioéconomique surtout, la participation à des activités sociales et, j’insisterais, la participation à des activités sociales avec des Québécois, ce sont des facteurs qui, à terme, amènent à mieux nous comprendre, à avoir le goût de vivre ensemble.
Le contrat moral n’est pas toujours respecté et l’accès au monde du travail n’est pas aussi facile pour tous les groupes. L’intégration socioéconomique et sociale des nouveaux arrivants est au cœur de l’objectif de cohésion sociale. Et l’obligation de connaître le français pour obtenir un emploi est l’incitatif le plus convaincant pour l’apprendre. »
Différence de perception selon les générations
« Plusieurs interventions ont également fait ressortir, me semble-t-il, une corrélation intéressante entre la perception de la réalité linguistique du Québec et l’appartenance générationnelle. Le monde tel qu’il existe maintenant, et plus particulièrement la société québécoise actuelle, ne correspondent pas exactement à ce qu’on avait prévu qu’ils soient en 1970, à l’époque de l’adoption de la Charte de la langue française, et on peut comprendre que, pour les gens de ma génération, cela puisse être déconcertant. Cependant, bien que l’avenir de la société soit la responsabilité de l’ensemble des citoyens, je crois toujours que ceux qui ont trente ans en ont une toute particulière. »
« On a déploré à quelques reprises l’ignorance assez répandue de l’histoire du Québec et en particulier de la situation linguistique à la source des législations linguistiques. On retrouve peut-être là une des sources des réactions des jeunes Québécois et des nouveaux arrivants devant les contraintes imposées par la Charte de la langue française : l’accès contrôlé à l’école anglaise est l’un des points les plus mal compris de la Charte. Ces contraintes sont trop souvent jugées comme contraires au désir d’ouverture sur le monde. »
Le passage du principe à l’application
« Il faut s’interroger sérieusement sur les façons de rendre le Québec plus “français”. Les principes sur lesquels on doit s’appuyer sont bien établis. On les retrouve dans la Charte, dans le “contrat moral”, dans les divers énoncés ministériels, dans les pratiques et avis des organismes linguistiques.
Là où il faut progresser, là où il faut intervenir, c’est dans la manière de faire passer ces principes dans la vraie vie. Il y a une transition à négocier dans le passage des principes à leur application dans la vie concrète, dans l’action.
Ouvrir véritablement notre société à l’autre, c’est une responsabilité sociale qui doit être assumée de diverses façons :
- dans l’accueil : l’accueil ne doit pas être qu’institutionnel, il doit également être citoyen, être vécu dans le village, dans le quartier, etc. On ne peut laisser toute la charge de l’accueil à l’État, si l’on souhaite donner allure humaine au processus;
- dans l’insertion dans le réseau socioéconomique;
- dans la francisation du monde du travail;
- dans la vie scolaire.
On retrouve là plusieurs des points soulevés dans notre avis Le français, langue de cohésion sociale (juin 2008). »
Les Autochtones et le français
« Le forum fut également l’occasion d’une primeur. C’est en effet la première fois que des représentants de communautés autochtones du Québec sont invités à un débat sur la question linguistique au Québec et à nous faire part de leur perception des rapports entre le français et les langues autochtones. Les propos et commentaires des panélistes et des participants au débat ont soulevé beaucoup d’intérêt et méritent une réflexion plus approfondie.
Après avoir fait le constat que les Autochtones et leurs langues ne faisaient pas partie du projet canadien, ni du projet québécois, et qu’ils se sentaient oubliés dans ce projet, les panélistes autochtones ont fait valoir que leurs aspirations convergeaient avec celles des francophones du Québec et qu’ils devraient devenir des alliés objectifs dans la défense de leurs aspirations et de leurs langues. Ils souhaitent donc que les francophones comprennent davantage leurs revendications.
Un participant non autochtone a émis un commentaire qui rejoignait la pensée des participants au débat : “Chaque fois qu’une langue autochtone disparaît, c’est une partie de nous qui disparaît. Ils font partie intégrante de ce qu’est le Québec.” »
Le Conseil supérieur de la langue française trouve matière à réflexion dans les échanges, les commentaires auxquels a donné lieu le forum. Les conversations informelles ont également été riches d’information et de suggestions. Le forum va contribuer à alimenter la pensée et les travaux du Conseil au cours des prochaines années. Nous tenons à remercier l’Institut du Nouveau Monde pour la tenue du forum. Notre collaboration a été fort fructueuse. Nous tenons par ailleurs à souligner le cinquième anniversaire de l’Institut.






